J’ai écris cette nouvelle pour un concours organisé par la ville de Chinon et dont le thème était :
L’injuste geôle
Elle n’a pas été retenue et avec le recul, je vois ses imperfections… sourire
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Elle s’appelait Sorimonde.
Sorimonde se prit les pieds dans son long jupon de toile grossière, tandis que des hommes la poussaient sans ménagement dans le cachot du château. Heureusement, on venait de lui couper ses liens, elle put protéger son visage. Un rat s’échappa sous la grille qui, dans un grincement terrible, se referma derrière la jeune femme. Ses geôliers s’éloignèrent avec les torches, elle resta dans le noir.
Trois hommes l’avait traînée sur de nombreux kilomètres, derrière un cheval, les mains liées devant elle. Elle ne comprenait pas ce qui se passait, pourquoi on l’emmenait ainsi. Elle tenta d’y réfléchir, au départ, puis rapidement, elle se concentra sur ses pas, sur le cheval marchant devant elle. Elle ne pensait plus, elle marchait.. Quand elle tombait, épuisée, un mouvement brutal de la corde la remettait sur ses jambes, alors, elle reprenait sa litanie, un pas.. un pas… elle devait marcher.. Mais lorsqu’elle s’évanouit, un homme la coucha en travers de son cheval, devant lui, pour finir le chemin.
Elle reprit connaissance dans la cour du château de Chinon. Juste à temps pour se réceptionner sur les fesses, lorsque l’homme la jeta au sol, du haut de son cheval. Trois autres hommes, des torches à la main, l’emmenèrent par des souterrains jusqu’à cette geôle immonde.
Elle était exténuée, elle avait mal aux jambes, aux bras.. Elle avait l’impression d’être brisée de partout.. Elle s’endormit à la limite entre l’inconscience et le véritable sommeil.
Le froid la réveilla au petit matin. Des douleurs violentes dans les bras, les jambes, lui rappelèrent vite son aventure de la veille. Elle repensa à ces hommes, arrivés à cheval dans la forêt. Elle ramassait des branches pour la cheminée. Le plus grand lui avait simplement demandé : « es-tu Sorimonde ? »
Elle avait à peine dit « oui » qu’elle avait été ligotée et trainée derrière le cheval. Qu’avait-elle fait pour subir pareil traitement ? L’ esprit encore embrumé, elle ne voyait vraiment pas pourquoi elle était là. C’était forcément une erreur, on allait venir la chercher.. Sa mère avait du s’inquiéter. Elle n’avait croisé personne, en cette fin de journée, ils n’étaient pas passés par le hameau. Qui savait qu’elle était là, dans cette cellule du château de Chinon ?
Elle décida d’ouvrir les yeux, il faisait jour. Elle entendait des bruits qu’elle reconnut pour être des grignotements. Elle regarda. Deux souris rongeaient du pain près de la grille.
- vous devriez manger votre pain avant qu’elles le finissent.
La grosse voix masculine fit sursauter la jeune fille.
- c’est mon pain ? demanda-t-elle incrédule.
- oui, et vous n’aurez que cela pour la journée, alors, croyez moi, ne leur laissez pas !
Sorimonde s’approcha des souris qui prirent la fuite. Elle saisit le pain, et s’aperçu qu’elle était finalement affamée. L’homme la mit en garde.
- mangez doucement, sinon, vous aurez vite faim.
La jeune femme scruta l’obscurité au delà de la grille et aperçu, en face, enfermé, comme elle, un homme barbu et très sale.
- mais qui êtes vous ? demanda-t-elle ?
- je suis Ghuillem et vous ?
- Sorimonde
- Quel âge avez-vous ? vous me semblez toute jeune.
- J’ai 16 ans, bientôt 17.
- Que vous êtes jeunes ! avez-vous tué, volé ?
- non, jamais de la vie.
- Avez-vous commis l’adultère ?
- non, pas du tout, je ne suis pas mariée, j’ai 16 ans !
- Mais pourquoi êtes vous là, alors ?
- Je n’en sais absolument rien. ! c’est sans doute une erreur. Ils vont venir me chercher !
- Qui ?
- Les hommes qui m’ont emmenée par erreur !
- Oh la la, n’y croyez pas, ils vous ont déjà oublié.
- Mais alors… je vais rester ici ?
Sorimonde a peur maintenant. Elle repense à sa mère, à ses amis, au village. Une boule lui serre la poitrine. Elle sent les larmes envahir ses yeux, elle éclate en sanglots.
L’homme en face d’elle pleure aussi. Cela fait tellement de jours, de mois, d’années qu’il est là, dans ce souterrain, il en a oublié l’aspect du soleil. Il n’a jamais su pourquoi il était là. La détresse de la jeune femme lui rappelait tant de choses, d’injustice, d’incompréhension.
Le soleil était haut dans le ciel, mais les prisonniers ne le voyaient pas. Ils avaient parlé… cela faisait 7 jours qu’ils parlaient, se racontant leurs vies, parlant des arbres. La jeune femme en avait le souvenir si vif qu’elle aimait décrire la nature, les maisons, les animaux.. Tous deux fermaient les yeux, emportés dans leurs pensées de Liberté. .
Sorimonde comptait les jours. Elle ne pouvait croire qu’elle resterait là indéfiniment. Impossible de s’y résoudre !
Des pas se firent entendre dans le souterrain. Guihlem alla s’asseoir au fond de son cachot, mais Sorimonde s’accrocha à la grille. Elle appelait désespérément, à chaque fois que des pas s’approchaient.
Ce n’était pas l’heure du repas, et les voix, qu’elle avait appris à reconnaître, n’étaient pas les mêmes. D’ailleurs, le groupe de personnes s’approcha d’elle. Elle fut surprise de voir une femme parmi elles.
- Noble dame, aidez-moi, je vous prie.
- Non, « puterelle », c’est moi qui t’ai fait enfermer.
La femme jubilait, ses yeux reflétaient tant de haine que Sorimonde détourna le regard en demandant doucement :
- Mais pourquoi ?
- Pourquoi, ma belle ? parce que tu as pris mon mari !
- Votre mari ? mais… je…
- Oui, mon mari, le duc de Réna.
- Mais je ne le connais pas !
- Evidemment, tu ne vas pas dire le contraire ! Tu es sa puterelle, je le sais !.
Sorimonde comprit qu’il y a erreur sur la personne, mais comment faire admettre à cette femme hystérique ?
- Je vous jure, madame, je n’ai jamais vu votre mari.
- Je ne te crois pas, évidemment. Tu es Sorimonde. La puterelle de mon mari…
- Dame, je ne suis pas la seule à me prénommer ainsi.
- Certes, mais toi, il te retrouvait dans les landes de Ruchard
- J’habite St Benoit, juste à coté, mais…
- Alors c’est toi ! tu pourriras ici !
D’un geste brusque, la duchesse saisit sa robe dans ses mains, se retourna et s’éloigna, hautaine. Sorimonde eu une idée. :
- Dame, demandez à votre mari de venir par devant moi, vous verrez, il ne me reconnaîtra pas ! Je ne le connais pas !
Le souterrain redevint sombre, Sorimonde voulait se cramponner à l’idée que cet homme allait venir, et l’innocenter. Elle pourrait bientôt sortir. Elle priait pour cela…
Quelques jours plus tard, elle se vit déjà libre, lorsque la duchesse revint, accompagnée de son mari qu’elle poussa contre la grille. L’homme regarda Sorimonde sans comprendre, il se tourna vers sa femme :
- Et alors ?
- Cette femme ! c’est bien ta maîtresse , n’est-ce pas ?
Sorimonde s’approcha de lui,
- Monsieur, dites lui qu’il n’en est rien, que je ne suis pas la femme dont elle..
L’homme recula violemment, l’empêchant de finir sa phrase. Il se tourna vers sa femme qui, haineuse, lui lança :
- Ne me dites pas que vous ne la reconnaissez pas, je ne vous croirais pas !
L’homme se retourna vers Sorimonde qui se trouvait tout prêt de lui, de l’autre coté de la grille.
- Pardonnez-moi, dit-il doucement en lui prenant les mains dans les siennes.
Sorimonde ne comprit pas pourquoi cet homme lui demandait de lui pardonner. Il allait lui permettre de sortir. Mais quand il lâcha ses mains, qu’il prit sa femme par le bras, l’entrainant vers la sortie, elle l’entendit dire :
- Pardonnez-moi, ma chère, je ne vous délaisserai plus ! vous avez fait ce qu’il fallait pour que cette femme me laisse en paix.
Sorimonde hurla :
- Vous n’avez pas le droit de partir ainsi. Je ne vous connais pas ! Dites-le que vous ne me connaissez pas.
Les visiteurs ne se retournèrent pas et la jeune fille pleura longtemps ce jour-là. Elle ne comprenait pas ce qui se passait, le monde semblait totalement fou autour d’elle, mais là, en cet instant, elle perdit tout espoir.
Dans une petite masure, dans les landes de Ruchard, le lendemain, le Duc de Réna retrouva une jeune femme qu’il embrassa amoureusement.
- Sorimonde, mon amour, nous sommes sauvés, ma femme a fait enfermer une fille qui s’appelle comme toi, elle pense que le danger est écarté.
- Une autre Sorimonde ?
- Oui, une très jeune fille en fait. Nous sommes tranquille maintenant pour nous voir.
- Mais cette fille va nier !
- Bien sur, alors, j’y suis allée hier, j’avoue que j’ai eu peur que ce soit toi que les hommes de ma femme aient enlevés. J’ai été soulagé de voir cette fille. j’ai confirmé à ma femme que cette fille était ma maitresse.. Tu la connais, elle est tellement jalouse et hystérique… Elle veut la faire juger pour adultère et lui imposer le supplice du tison pour la faire avouer, ce qu’elle fera forcément, sous la douleur… puis des feux-ardents … elle est trop heureuse de se débarrasser de celle qu’elle pense être toi, mon amour. Du coup, elle ne réfléchit pas plus que cela, et en plus, elle ne me surveille plus.
- on a eu de la chance alors !
- oui, mais il nous faut rester prudents quand même.. On va changer notre lieu de rendez-vous et la vie va continuer. Notre bébé va bien ? demanda-t-il en posant sa main sur le ventre arrondi de sa compagne.
La vie continuera longtemps … le bébé naitra… et la toute jeune Sorimonde restera de nombreuses années, dans son injuste geôle.



